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Le confort d’un vêtement, est-ce une révolution ?

Selon le Centre National de Ressources Textuels, le confort se définit comme « l’ensemble des commodités matérielles qui procurent le bien-être » ; et selon l’Encyclopédie Universalis, c’est ce qui « rend la vie plus agréable ».Si le sociologue Olivier Le Goff explique dans son livre L’invention du Confort, Naissance d’une forme sociale, que « le confort est à la mode » encore plus avec la crise sanitaire de 2020, c’est toutefois depuis plus de 100 ans que le confort d’un vêtement est devenu le facteur déterminant notre façon de s’habiller.

Un habillement sain

Du 1er juin au 29 août 2021, le Musée du Design d’Helsinki en Finlande a consacré une exposition sur le thème « Comfort Revolution ». C’est à travers des images d’archives et de faits historiques que l’exposition examine la manière dont le monde s’est progressivement dirigé vers un confort vestimentaire quotidien.
On présente entre autres, l’histoire du « Lahmann shirt », créé par Henrich Lahmann, médecin allemand ayant travaillé au développement de médecines alternatives comme la naturopathie (il en est l’un des pionniers) et à l’habillement dit « sain ». Lahmann était persuadé que le confort d’un vêtement impactait directement la santé mentale et le bien-être d’une personne. Ainsi il développa le tissu Lahmann : exceptionnellement chaud et respirant grâce à l’air emprisonné entre les fibres, et surtout il était durable. C’est à travers une enseigne de prêt-à-porter finlandaise qu’en 1923 le maillot de corps Lahmann vit le jour. Rapidement le sous-vêtement prit la place d’un basique à adopter sans sa garde-robe, notamment dans les années 60 par les jeunes de la contre-culture hippie.
C’est seulement 10 ans après son lancement que l’enseigne arrêta la production du maillot de corps, totalement éclipsé par la popularité du T-shirt.

Nos sous-vêtements comme vêtements / S’habiller avec nos sous-vêtements

Au départ, les T-shirts, pyjamas et autres lingeries portés exclusivement en sous-vêtements, trouvent petit à petit leur place d’habits du quotidien dans notre dressing. L’habillement est devenu moins formel et plus relax, le confort du « porteur » étant devenu un important facteur pour les consommateurs et les enseignes.
Le pyjama, notre chouchou, est d’abord porté uniquement par l’homme, puis il casse les barrières des genres dans les années 20 en repoussant les limites du privé au public. Coco Chanel fut notamment l’une des premières couturières à introduire le pyjama à la garde-robe féminine « de jour ».
Il est de moins en moins rare de porter certains de ses sous-vêtements en habit du quotidien ou des pièces qui s’en inspirent. Le caraco, lingerie du 18è siècle, est par exemple porté dans les seventies par les hippies comme simple débardeur, dans les années 90, il sera sous une veste ouverte ou non. La « Slip dress », robe façon nuisette initialement portée comme dessous pendant des années, fit son 1er comeback dans les années 90 : lors du Gala du Met de 1996, Lady Diana, ancienne Princesse de Galles, ose porter une Slip dress bleu navy créée par John Galliano, DA de Dior à cette époque. Ce sera le top départ d’une tendance confortable et hors des cadres. Certaines comme Britney Spears en 2001 dans son clip « I’m a Slave 4 U » et Christina Aguilera en 2002 dans « Dirrty » exhibent une culotte apparente, véritable échec mode, jugée à l’époque trop “vulgaire”.
On gardera aussi l’idée de la jupe satinée noire d’inspiration nuisette portée par exemple par Kate Moss lors d’un dîner de gala à New York en 2007 avec une veste smoking noire et un top en soie vert. Elle est, à présent, portée par la plupart des modeuses en longueur midi avec un gros pull douillet, souvent d’une couleur similaire, tombant sur le haut des cuisses, l’aisance étant primordiale.

Aujourd’hui, beaucoup utilisent la chemise de pyjama, souvent en satin, comme une tenue de travail, alliant confort, délicatesse et élégance, exigences devenues incontournables.

Le BoF (Business Of Fashion) a lui-même confirmé au printemps 2021 que le confort d’un vêtement est indispensable à notre choix d’achat et à notre manière de se vêtir.

À la tête du bureau parisien de tendances Trend Union, la prévisionniste Mode et Tendances Li Edelkoort, suggère même que les vêtements deviendraient des « amis » offrant véritablement du confort, le must-have de la mode actuelle.
Le confort du vêtement, qui était une révolution au début du XXème siècle et une tendance dans les années 90 et 2000, est devenu un besoin primordial du quotidien, ce qui en fait aujourd’hui une nouvelle révolution.