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Le cuir écoresponsable existe-t-il vraiment ?

Considéré comme une matière noble et mode, et ce, depuis longtemps, l’usage du cuir par les marques éthiques et écoresponsables est controversé. Il est vrai qu’aujourd’hui on ne peut plus ignorer son impact environnemental ni la souffrance animale que l’on peut trouver derrière sa production.  Quels sont les éléments à connaître si on souhaite s’habiller en toute conscience ?

UNE APPELLATION COMPLEXE

Le cuir végan est une erreur de langage : en effet, le mot « cuir » est un terme contrôlé et déposé par la DGSE et désigne une matière animale uniquement. Il est donc incorrect de dire cuir d’ananas, par exemple, car la matière créée à partir de l’ananas est faite de fibre végétale. Il s’agit donc d’une « matière non-animale alternative au cuir ».

À ne pas confondre avec le terme « cuir végétal » ou « cuir écologique ». Il se réfère bien au cuir de provenance animale, mais son procédé de tannage est différent : il sera de type végétal, et non pas minéral, comme la majorité de sa production mondiale.

On s’explique…

Le tannage minéral (85 % de la production mondiale) utilise beaucoup de produits toxiques, tant pour les travailleurs que pour la planète : le sel de chrome, le sel d’aluminium et le zirconium. C’est la méthode la plus courante aujourd’hui en raison de sa rapidité et de son coût peu élevé : quelques heures suffisent pour traiter la peau. L’ONG Blacksmith Institute déclare que les tanneries font partie des 10 industries les plus toxiques au monde !

Le cuir végétal n’est pas exposé au chrome mais subit un tannage végétal à base d’écorces de mimosa et autres plantes végétales. Sa production sera plus longue et n’est pas sans effet (coupe des arbres, traitements pour l’extraction des tanins, etc.) sur l’environnement, mais reste définitivement une meilleure alternative.

LE CHOIX DU CUIR ANIMAL

La production du cuir est la part principale des nombreux problèmes de l’élevage de masse, ennemi de l’environnement : émissions de gaz à effet de serre, déforestation, consommation d’eau et de ressources alimentaires, pollution des eaux, eutrophisation des terrains… D’autant plus qu’on utilise majoritairement du cuir de vache et que les 2/3 des gaz à effet de serre émis par l’élevage proviennent des bovins. 

Se pose également la question de l’éthique. Évidemment, chaque année, 1 milliard d’animaux sont élevés et tués pour leur peau, sachant que l’industrie du cuir est une des plus difficiles à tracer, il est objectivement compliqué de connaître en détail de quel cuir il s’agit, ni de la véritable condition de vie des bêtes, quoi qu’on en dise.
C’est malheureusement un fait connu, que la majorité des conditions d’élevage ne sont absolument pas en faveur du bien-être animal : très peu d’espace, milieux insalubres, écornage et mulesing sans anesthésie, vie entière passée en intérieur souvent. La liste continue… N’oublions pas qu’acheter, c’est voter.

La question est maintenant : est-ce que le cuir émet plus ou moins de gaz à effets de serre que ses alternatives ? Une étude de l’Ademe, qui a comparé les émissions des chaussures en cuir à celles des chaussures de sport et en tissu révèle que le cuir, malgré tout, émettait moins de CO2 que les autres, notamment par sa durée de vie.
En effet, un cuir de qualité, bien entretenu, a une durabilité bien plus haute dans le dressing, diminuant ainsi, d’après eux, son empreinte carbone.

ALTERNATIVES VÉGÉTALES : 100 % ÉCOLO?

Il existe aujourd’hui, de plus en plus, des propositions ressemblant fortement à la texture du cuir, à base de déchets végétaux. On y trouve par exemple la fibre de feuille d’ananas, l’eucalyptus, l’hévéa, la peau de pomme et de raisin ou encore le champignon, testé et approuvé par Stella McCartney. Mais ce nouveau procédé, alliant recyclage et « néo-compost », est-il entièrement écologique ?

Les cultures de ces matières textiles sont excellentes pour la planète ! Celles d’origines fruitières sont basées sur le système de recyclage des déchets organiques : rien de plus écologique. La culture pour la peau de champignon ou « muskin » en anglais, ne nécessite que très peu d’eau et d’énergie. La culture du cactus pour le Desserto® est écolo de base : pas d’irrigation, enrichit la biodiversité, pas de pesticides ni d’engrais…etc.

Pour commencer, on y ajoute des polymères comme liant, ensuite, pour assurer une texture similaire au cuir, une bonne durabilité et une imperméabilité, ce textile végétal doit être traité, il sera enduit d’une résine de polyuréthane. Or qui dit polyuréthane, dit pétrochimie, avec extraction pétrolière et raffineries. Cette enduction représente quand même une grosse partie de la matière : 50 % pour le Végéa (cuir de raisin) ou l’Apple Skin™ (cuir de pomme), 42 % pour le Piñatex® (peau d’ananas). Le Desserto®, lui, n’utilise pas de polyuréthane mais un biopolymère, plus éco-compatible.

On ne peut donc pas affirmer que ce processus est 100 % écolo, mais en tout cas, une excellente alternative végane, beaucoup plus favorable à l’environnement que le cuir, tout en favorisant le bien-être animal. Et c’est de plus en plus accessible en prêt-à-porter !

CONSEILS

Si tu veux acquérir une pièce en cuir animal malgré tout, privilégie le vintage ! Car la seconde main permet de réutiliser l’existant et d’éviter de puiser de nouvelles ressources, et donc de tuer des animaux.

Si tu tiens à acquérir un cuir neuf, préfère tout de même le cuir d’origine locale, tanné avec des matières végétales.
Dans tous les cas, il faudra chouchouter ton cuir afin de le garder le plus longtemps possible dans le dressing pour le rentabiliser.

Enfin, si le cuir n’est pas une option, des alternatives sont aujourd’hui développées pour le remplacer, il n’appartient qu’à nous d’être en bonne voie vers une mode consciente et stylée.