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Les Ouïghours, ces oubliés de la Fast Fashion

Zara, Mango, Nike, Adidas, H&M, Abercrombie & Fitch, Calvin klein, Uniqlo, Victoria’s secret, Tommy Hilfiger, Polo Ralph Lauren, Muji, Lacoste, C&A, Puma, Gap, Patagonia, The North Face, et bien d’autres. Ces enseignes, tu les connais, tu as déjà fait du shopping chez elles.
Deux minutes pour expliquer l’inexplicable. Parce que l’on a toujours besoin de se questionner, et de faire avancer sa réflexion, voici un résumé de ce qui se passe là, actuellement, dans l’industrie textile.

LES OUÏGHOURS, UN PEUPLE SOUMIS

Les Ouïghours sont une minorité musulmane présente, entre autres, en Chine. La majorité de ce peuple est basée à Xinjiang, située au Nord-Ouest du pays.

Cela débute en mars 2014. Une attaque djihadiste survient en Chine, à la gare de Kunming. C’est à l’échelle de toute la province de Xinjiang que Xi Jinping, le président chinois décide de « répondre au terrorisme » avec une campagne de répression de masse contre les Ouïghours. Depuis des années, les ONG, qui ont recueilli des milliers de témoignages, alertent sur ces camps. On parle déjà à ce moment là de surpopulation, de mauvais traitements et de tortures. Ce que la Chine appelle des camps de « réinsertions professionnelles » sont en réalité des camps de détention. 

Au moins un million de Ouïghours et membres d’autres ethnies musulmanes sont ou ont été incarcérés dans des camps au Xinjiang. 

Fin d’année 2019, le New York Times dévoile en ligne un rapport secret sur le sort des Ouïghours emprisonnés dans ces camps : kidnapping, programme d’endoctrinement, apprentissage imposé du mandarin et chants patriotiques, stérilisations de force, viols et travaux forcés.

Le 30 septembre, sur France 2, l’émission Envoyé Spécial donne la parole à quelques femmes Ouïghoures, rescapées des camps. Gulbahar Jalilova relate, entre autre, son viol. Tursunay Ziyawudun, son utérus éprouvé par les coups, n’aura jamais d’enfants.

Au début du mois d’Octobre 2021, Jiang, un ancien inspecteur de police dans la région Ouïghoure, dévoile d’autres faits sur CNN sur cette politique de répression de masse auquel il a lui-même pris part : Rafles, tortures par la noyade, viols collectifs, déshumanisation. Un témoignage très important qui corrobore ces infamies déjà misent en lumières.

Septembre 2022. L’ONU reconnaît les crimes que subissent les Ouïghours, et parle de “crime contre l’humanité”.

Ce même mois, à force de mobilisation, la commission européenne s’engage enfin à lutter contre le travail forcé, en interdisant sur nos territoires les produits qui en sont issus.

Début Octobre 2022, Les États-Unis, le Canada et la Grande-Bretagne proposaient de débattre sur les accusations de violation des droits des minorités musulmanes dans la province chinoise du Xinjiang. Pourtant, cette demande est rejetée par l’ONU, à 19 voix contre, 17 pour, et 11 abstentions. En effet, la Chine a le soutien de pays, entre autres, le Népal, le Venezuela, mais également le Pakistan, les Emirat Arabes, l’Indonésie ou encore le Soudan.

LES ENSEIGNES COMPLICES

Les marques citées précédemment, celles que l’on peut facilement avoir dans nos dressings, sont accusées de travailler avec des sous-traitants faisant parfois appel au travail forcé des Ouïghours.

Un vêtement en coton sur cinq vendus dans le monde contiendrait du coton cultivé dans la région de Xinjiang, d’ailleurs 80% du coton chinois est cultivé dans cette province.

L’ASPI (Australian Strategic Policy institute) sort en mars 2020 un dossier contenant notamment la liste de 83 marques liées à l’exploitation des Ouïghours. Car si ici est mis en lumière l’industrie textile, bien d’autres secteurs sont également concernés : l’automobile (Entre autres Volkswagen, BMW, Jaguar) la haute technologie (Apple, Microsoft, Toshiba, Nokia, ASUS, Samsung et la liste continue) l’aviation et l’électroménager. 

Le parquet national anti terroriste (Pnat) à ouvert fin Juin une enquête contre 4 géants du textile : les groupes Inditex (Zara, Bershka, Massimo Dutti, Pull & Bear, Oysho, Stradivarius) et SMCP (Sandro, Maje, Claudie Pierlot), Skechers et Uniqlo France. Le motif ? « Recel de crimes contre l’humanité ». Inditex, Uniqlo et SMCP aujourd’hui rejettent les accusations et indiquent que des contrôles rigoureux sur la traçabilité de leurs produits sont pratiqués.

Si H&M apparaissait au début dans la liste des marques concernées, une liste mise à jour est apparue fin Septembre 2021 et exclue l’enseigne. Il faut dire que ce géant de la fast-fashion s’est effondré en Chine avec une perte de 40% de ses revenus en un an, boycottée depuis son engagement dans l’esclavagisme des Ouïghours. La Chine faisait partie de son top 10 des marchés mondiaux. Que s’est-il passé pour que la marque n’apparaisse plus sur la liste de la honte ?

D’après Sophie Richardson, spécialiste de la Chine chez Human Rights Watch, dans ses propos recueillis par le média Brut « La chaîne de production textile de ces enseignes est tellement complexe que parfois les compagnies elles-mêmes ne pourraient pas savoir exactement qui sont tous leurs fournisseurs ».

Seulement, en poursuivant la production et la vente de l’habillement de masse, sans contrôler plus en détail leurs pratiques, ni rebondir sur l’interpellation des médias, ces marques se retrouvent complices du régime chinois.

A NOTRE ÉCHELLE, QUE POUVONS-NOUS FAIRE ?

Consommer moins pour consommer mieux ! Quitter progressivement la Fast fashion, sortir de ce circuit. Se renseigner et partager. Ne pas culpabiliser, soi ou les autres, car ces enseignes font partie de notre quotidien malgré nous et nous imposent leur complicité. Consommer autrement en achetant par exemple de la seconde main, en se rapprochant des enseignes éthiques et écologiques, et en réévaluant nos besoins.
C’est ça, la  #slowfashion. 

Et pour celles et ceux qui souhaitent pousser le combat, rendez-vous sur le site uyghur-institute.org et sur les pages instagram de Raphaël Glucksmann, Ouighours.news, Dilnur Reyhan et l’Institut Ouïghour d’Europe.